• Raoul Bellaïche

Germinal Tenas : Au cœur des années 60


Photo : David Chabert

Peu connu du grand public, Germinal Tenas est une des mémoires vivantes des années 60... Enfant prodige et touche à tout, il devient l'un des plus jeunes directeurs artistiques de l'époque... Engagé chez Vogue avec son ami Christian Fechner au moment où le courant yéyé reflue, il parvient à mettre en pratique ses idées les plus folles... Au cours de cet entretien, Germinal Tenas nous raconte son parcours, depuis son enfance à Toulouse jusqu'à son arrivée dans les bureaux des disques Vogue, 54, rue d'Hauteville à Paris. Avec Christian Fechner, il lance la carrière d'Antoine et acclimate en France le courant folk-rock. Extrait de cette longue interview.

La fameuse « guéguerre » entre Antoine et Johnny, c'était authentique ou un « plan de com », comme on dirait aujourd'hui ?

Un jour, pendant les répétitions d'Antoine à l'Olympia, sont arrivés deux gorilles de Johnny, dont l'un était très célèbre à l'époque... Ils s'assoient à côté de moi, l'un à ma droite, l'autre à ma gauche. Moi, qui suis du genre fluet, je me sens pris en sandwich... En s'asseyant, l'un d'eux m'écrase le pied en me disant : « Oh, excuse-moi, je suis désolé ! » Il faut dire qu'il y avait un peu de l'esprit de la maffia dans notre environnement à cette époque... Je lui réplique : « Si tu oses me frapper, je vais t'envoyer une cohorte de voyous toulousains et il va falloir que tu changes d'adresse, parce que ça ne va pas se jouer à coups de poing... »

Quand vous avez entendu dans la chanson d'Antoine : « Et Johnny Hallyday en cage à Médrano », vous n'avez pas pensé que vous alliez au-devant de problèmes ?

D'abord, on ne pensait même pas que cette chanson allait marcher ! Depuis Toulouse, Fechner et moi étions des fans de Johnny Hallyday. Pour nous, c'était le « patron ». Mais là, en tant que directeurs artistiques, on était dans une autre position.

La phrase d'Antoine nous a fait rire, mais je pense que pour lui, cela signifiait que le temps de Johnny et des yéyés était terminé. Et que le nouveau mouvement était celui symbolisé par Dylan, par Donovan... Les vieux rockers, c'était terminé. Il faut se souvenir qu'à cette période, la cote de Johnny n'était plus à son zénith... Je suis fan, mais je trouve qu'il faisait un peu n'importe quoi pour se maintenir... Et là, brusquement, Antoine lui met le coup de grâce...

Mais le coup de génie d'Hallyday, c'est qu'il répond avec Cheveux longs et idées courtes, une chanson avec laquelle il retrouve son énergie. Il profite de ce face à face avec la star montante du moment en lui tenant tête : « Je sais que dans une cage je serais enfermé / Mais c'est une autre histoire que de m'y faire entrer... » Cheveux longs et idées courtes est un pur chef d'œuvre d'écriture. D'un seul coup, Johnny faisait un super disque et il a mis de son côté tous les gens qui n'aimaient pas Antoine. Il avait retrouvé sa place de leader en se mettant au niveau d'Antoine, en relevant le défi. Et à partir de là, il n'est jamais redescendu.

Antoine et Johnny ont-ils vraiment été fâchés ?

Je me souviens très bien de leur première rencontre dans cette boîte de la rue Saint-Benoît, à Saint-Germain-des-Prés, le Bilboquet... Nous étions installés dans la cave avec tout le clan Antoine et à un moment arrive Johnny entouré de six ou sept personnes. Antoine faisait pareil. Avec tous leurs fans en délire, il fallait qu'ils aient des gardes du corps. Une ambiance un peu lourde s'installe dans la boîte... On se serait cru dans un western de Sergio Leone, avec la musique de Morricone !

Johnny est un homme vraiment adorable, un amour de bonhomme, mais, surtout à l'époque, il se la pétait un peu... Donc Johnny se lève, suivi de son garde du corps, s'avance et s'arrête devant nous. Antoine était assis, pas très à l'aise parce que ce n'était pas un costaud... Ce sont des secondes interminables, mais brusquement Johnny lui tape dans la main et la lui serre chaleureusement : « Comment tu vas, Antoine ? » Et à partir de là, ils ont été très potes.

La suite dans le nouveau numéro de JE CHANTE MAGAZINE : entretien de neuf pages.

Sommaire du numéro 14

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