• Raoul Bellaïche

Hommage à Jean Arnulf (1932-2007)


Le vendredi 9 février 2007, à La Pirandelle, on fête les 75 ans de Jean Arnulf. Au cours d’une belle soirée, ses amis chanteurs interprètent ses chansons. Ici, la pause cigarette avec, de gauche à droite : Fred Musset, Claude Vinci, Vanina Michel, Pierre Margot, Raoul Bellaïche, Marc-Fabien Bonnard. Photo : Robin Rigaut (Vinyl).

Jean Arnulf, compositeur-interprète, nous a quittés dimanche 25 mars 2007. Le 9 février, ses amis lui avaient fêté son anniversaire — 75 ans — à La Pirandelle, maison de retraite du 13ème arrondissement de Paris, où il vivait depuis plusieurs années.

Lire aussi l'interview de Jean Arnulf et Martine Merri.

J’ai connu Jean Arnulf en 1986. Un jour, revenant de déjeuner, je tombe sur un journal étalé sur le trottoir. Je le ramasse. C’était Libération, ouvert à la page des petites annonces (nombreuses à cette époque). L’une d’elles, encadrée, attire mon attention. En gros, elle disait : « Radio associative recherche animateur pour émission musicale consacrée à la

chanson française. Écrire à la station. »

Avant même de créer JE CHANTE, j’étais passionné par la chanson, française notamment. Collectionneur de disques, d’émissions radio et télé, d’articles de presse, j’avais envie de partager cette passion.

Quelques jours après avoir envoyé ma « lettre de motivation », je reçois un coup de fil d’Hubert Roger, directeur des programmes de Canal 9 (ex-Fréquence Montmartre). Mon profil l’intéresse et il demande à me rencontrer. Le jour J, je me pointe rue La Vieuville, dans le 18ème arrondissement, au métro Abbesses. Un peu intimidé — j’ai jamais causé dans le poste ! Discussion avec Hubert Roger, qui me questionne sur mes goûts en

matière de chanson... Il voit bien que je suis davantage porté vers la chanson « classique » que sur ce qu’on entend sur les ondes en 1986, mais ce « créneau » semble l’intéresser. Il me dit : « Il faudrait que je vous présente à Jean Arnulf, qui a en charge la chanson fran -

çaise sur Canal 9. Vous le connaissez ? » De nom, bien sûr, et par quelques unes de ses chansons, souvent citées dans les livres sur la chanson (le dictionnaire de

Brunschwig-Calvet-Klein ou ceux de Jacques Charpentreau ou de Serge Dillaz, qui constituaient ma « Bible » à l ’époque) : Point de vue, Chante une femme, Chanson pour Caryl Chessmann...

Quelques jours après, je rencontre Jean Arnulf à la radio. Il avait quasiment l’âge

que j’ai aujourd’hui... Et déjà sa fameuse casquette de marin vissée sur le crâne. La

même qui fut déposée sur son cercueil ce vendredi 30 mars, au Père Lachaise...

Rapidement, on devient amis. Il me sent curieux, avide d’anecdotes sur le métier et les artistes, nombreux, qu’il a côtoyés : presque toute la rive gauche !

Chaque semaine, Arnulf présente une émission où il reçoit plusieurs invités du monde de la chanson. Il les connaît presque tous. Assistant aux émissions, je suis bluffé par son aisance au micro, à sa manière de mener une interview, de dialoguer avec ses invités sur le plan du « vécu » alors que chez moi, c’est encore du « livresque »... Au fil des semaines, les artistes défilent : Mouloudji (père et fils), Maurice Fanon, Francis Lemarque, Marc

Ogeret, Jacques Douai, Francesca Solleville, Anne Vanderlove, Cora Vaucaire, Jacqueline Danno, Monique Morelli... Un jour, l’émission est consacrée au cabaret de l’Écluse à l’occasion de la sortie d’un livre de Marc Chevalier, un autre jour à Brassens. L’occasion de voir – de près – le fameux Gibraltar et Pierre Nicolas !

Quant à l’émission que je suis amené à présenter, elle a lieu le lundi soir, de 23 heures à une heure du matin. Pour la première, en novembre 1986, mes « anges gardiens » me soutiennent : Hubert Roger et Jean Arnulf sont restés dans le studio et me mettent à l’aise. J’ai gardé cet enregistrement « historique » (et aussi la plupart des suivants) : ma voix est « blanche », pas très radiophonique, mais le programme de disques que j’avais concocté est apprécié par les auditeurs qui téléphonent.

Rapidement, l’émission devient une émission à thèmes. J’y pensais toute la semaine et j’arrivais le lundi avec ma liste (le fameux « conducteur ») et mes sacs plastiques débordant de disques, 33 et 45 tours, et cassettes (aujourd’hui, ce serait avec un ordinateur portable, un iPod, voire une simple clé USB !). Une anecdote qui amuserait Jean : me sachant souvent (toujours ?) en retard, il avait pris l’habitude de prévoir de passer un disque si je n’étais pas encore là à 23 heures... Je présentais seul l’émission mais Jean était toujours là et, très vite, s’est constitué un « numéro de duettistes » très apprécié des auditeurs !

L’émission a duré trois saisons. Puis la fréquence a changé de main et d’état d’esprit avant d’être vendue à une « grosse » radio désireuse d’étendre son réseau... Cette interruption n’a pas altéré l’amitié qui nous avait lié depuis le début et nous avons continué à nous voir.

Je dois à Jean Arnulf d’avoir mis un pied dans ce « milieu » de la chanson qui m’a toujours fasciné, d’en connaître les coulisses, d’approcher les artistes... En 1990, au moment de créer un journal, Je Chante !, il allait de soi que le numéro un lui serait consacré, avec une longue interview croisée avec Martine Merri, sa première compagne et l’auteur de ses

chansons.

S’il n’existe pas, encore, de CD de Jean Arnulf, ses principales chansons connaissent depuis peu un regain d’intérêt avec le duo Depoix et Pignot et avec Nathalie Solence qui consacre son prochain album à ses amis de la rive gauche.

Merci, et salut Jean !

R. B.

Lire l'interview de Jean Arnulf et Martine Merri.

Hommage à Jean Arnulf : réactions

Claude Vinci

Martine Merri et Jean Arnulf, je les ai rencontrés pour la première fois début 1963, alors qu’ils venaient de monter à Paris, après abvoir travaillé ensemble comme comédiens à Lyon chez Planchon et Maréchal, puis au Théâtre de Bourgogne de Jacques Fornier, à Beaune. Martine écrivait des poèmes, Jean grattait de la guitare et ça devait tout naturellement devenir des chansons... et quelles chansons, interprétées par le comédien-chanteur, Jean !

C’est Claude Dejacques, avec qui je venais de signer mon contrat pour « Claude Vinci chante Paul Éluard », qui nous a présentés. Ils ont tout de suite intégré « l’écurie » Dejacques avec notamment Anne Sylvestre, Barbara, Catherine Sauvage, Claude Nougaro et Françoise Lo, qui fut notre agent pour la scène.

Ce sont Jean et Martine qui travaillèrent pour intégrer la chanson dans les programmations des Centres Dramatiques Nationaux — les CDN. Nous commençâmes à Beaune, dans les Halles (s’il vous plaît !), pour le Festival d’Été 1963. En première partie : Les Fourberies de Scapin par le Théâtre de Bourgogne, avec Roland Bertin dans le rôle-titre; seconde partie : mon tour de chant composé surtout d’Éluard; le tour de chant de Jean avec, bien sûr, Point de vue. Tous les deux, nous étions accompagnés au piano par Liliane Benelli, la talentueuse, la belle Liliane qui devait décéder en 1965 dans l’accident de voiture de Serge Lama à Aix-en-Provence (La Petite cantate, chanson hommage de Barbara). Et puis Anne Sylvestre, accompagnée à la contrebasse par Henri Droux.

Cinq soirées extraordinaires avec tous les comédiens permaments de Beaune. Soirées bien arrosées de Kir et de Communards (cassis mais avec Bourgogne rouge) et de repas à “La Montagne”, belle maison de campagne de Jacques Fornier à Beaune.

Puis nous fîmes la longue tournée d’hiver 63-64 du Théâtre de Bourgogne avec Turcaret pour le théâtre, puis le trio chanson du “Festival d’été” de Beaune, pour la première partie de la tournée. Pour la seconde partie, Barbara remplaça Anne Sylvestre. Ah ! la rencontre Barbara-Roland Bertin ! Une vraie rencontre de deux divas !

Puis d’autres Centre Dramatiques, ensemble. Il me faudrait des dizaines de pages jusqu’à l’accident de Jean dans le Nord, son transfert à Couilly-Pont-aux-Dames puis à “La Pirandelle” à Paris, ses 75 ans organisés par Sarah, Jacques Roussel, Colette Fillon et Raoul Bellaïche, le 9 février 2007.

Enfin... C’est fini ! Mais que de beaux, de grands souvenirs ! Indélébiles !

Claude Vinci, avril 2007

Stan Wiezniak

Stan Wiezniak a été l’un des photographes attitrés de Philips au cours des années 60. Son nom figure au verso de plusieurs centaines de pochettes, entre autres celles de Guy Béart, Michel Breuzard, Philippe Clay, Pia Colombo, Jacques Debronckart, Eddie Defacq, Jean Dréjac, Charles Dumont, Les Enfants Terribles, Aldo Frank, Les Frères Jacques, Luce Klein, Michel Legrand, Francis Lemarque, Michel Noiret, Les Parisiennes, Luc Romann, Monique Tarbès, Maria Vincent, Claude Vinci, Yves et Patricia... et Jean Arnulf dont il était devenu l’ami.

Dans cet extrait audio, enregistré le 30 mars 2007, Stan Wiezniak évoque quelques anecdotes sur Jean Arnulf...

Lou Saintagne

Je m'associe à votre peine car si nous perdons un talent, vous perdez un ami...

Je suis certaine que la fête d'anniversaire que vous aviez organisée pour lui le mois dernier avec la complicité de plein d'amis, a été merveilleuse et sensible et lui a touché le cœur.

Je crois que c'est ce qu'on peut faire de plus beau pour un artiste : lui prouver que ce qu'il a fait n'a pas été fait en vain et que ses mots, sa musique, sa peinture... ne seront pas balayés comme s'ils avaient été écrits, composés ou peints sur du sable. C'est en cela que vous êtes notre force, vous qui relayez nos chants. Et c'est grâce à vous que nous trouvons le courage de partir chaque fois pour un nouvel envol.

Le sien laissera pour toujours sa marque dans votre cœur et les nôtres...

Je vous embrasse tous les deux avec tendresse,

Lou

• Le site de Lou Saintagne : http://lou.saintagne.club.fr/index.htm

Guy Chatelan

C’était en septembre 1956. Je venais d’être incorporé au 4ème régiment du génie à Grenoble, avec une blessure sur une malléole externe. La plaie s’étant infectée je me retrouve à l’hôpital militaire de Grenoble où sévissait un méchant microbe (staphylocoque ?) qui provoquait parfois des graves infections ou des furonculoses.

J’y rencontre Jean Arnulf qui avait été incorporé au 73ème régiment d’artillerie. Si mes souvenirs sont exacts, il était hospitalisé en observation suite à un comportement volontairement bizarre destiné à prouver son inadaptation au régime militaire.

Quand je suis arrivé, il venait d’être victime du fameux microbe et avait quelques furoncles dont un à la main. Il m’explique qu’il est chanteur-compositeur, guitariste, que ses mains sont et seront son gagne-pain et qu’ils n’ont pas intérêt à le garder...

Quelques jours plus tard il quittait l’hôpital en déclarant que pour lui c’était la quille.

Quel malheureux hasard fit que je n’ai plus entendu parler de Jean Arnulf pendant près de 30 ans, alors que ma famille vivait à Lyon, que j’étais en contact avec des milieux pacifistes, que j’ai assisté à des concerts de Brassens (avec Boby Lapointe), de Ferrat...? Il est vrai que j’ai vécu 24 ans en Suisse.

C’est d’ailleurs à Genève que, au début des année 80, je trouve une cassette de « Chants de la mémoire ouvrière » interprétés par Roger Cuneo parmi lesquels Chante une femme, ce qui m’a fait un énorme plaisir.

Il me faudra encore attendre 15 ans et Internet pour que je découvre une partie de la discographie de Jean Arnulf et il y a quelques semaines j’ai appris son décès.

Avec de grands regrets de n’avoir pas suivi la carrière de ce brillant artiste.

Guy Chatelan

(26 novembre 2007)

guychatelan@wanadoo.fr

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