• Raoul Bellaïche

Dave, chanteur « sans famille »


Dave ? Pourquoi ? D'abord, pourquoi pas ! À JE CHANTE, depuis sa création, nous n'avons jamais caché l'ambition de nous affranchir des œillères chères aux « défenseurs de la chanson française » et de refuser les diktats des « décideurs » et des faiseurs de modes en matière de chanson... Pari semble-t-il réussi puisque ce que beaucoup apprécient dans notre revue, c'est justement ce « mélange », cette liberté... Il ne s'agit pas pour autant de mettre tous les artistes sur le même pied mais une bonne chanson « de variétés » (il y en a) sera toujours préférable à une mauvaise « chanson à texte » (il y en a aussi !). Chez Gérard Meys, Dave vient de sortir un disque intéressant, avec de bonnes chansons. Artiste au parcours inhabituel (beatnik, il a chanté à l'Écluse, fréquenté la Rive Gauche), Dave est aussi un homme lucide, sympathique et cultivé.

Entretien réalisé en 2001.

JE CHANTE ! — Artiste connoté « variétés », vous vous retrouvez dans une maison de disques qui a une forte connotation « chanson à texte », « engagée », « poétique »... Comment réagissez-vous à cette situation un peu inédite ?

DAVE.— Je crois que cette espèce de sectarisme, de frontière entre la chanson dite de variétés, populaire, et la chanson rive gauche, engagée, est tout doucement en train de disparaître... Pour moi, il y a la chanson française dont les paroles sont aussi, sinon plus, importantes que la musique, et les chansons anglo-saxonnes dans lesquelles, la plupart du temps, les sons sont plus importants que le sens. Dans tout ce que j'ai fait comme adaptations, j'ai plus recherché les sons.

Prenons deux de mes chansons les plus connues. Avec Du côté de chez Swann, on avait affaire à une mélodie typiquement française. Un jour, Michel Cywie, le compositeur, m'a dit que c'était une construction à la Milord de Moustaki. Ce n'est évidemment pas la même mélodie, mais c'est le même genre de rengaine qui tient lieu de refrain. Tandis que Vanina est une chanson américaine [de Del Shannon, Runaway, 1959]. Et là, comme pour Laura, mon cœur est malade, qui est une chanson anglaise, c'était les sons qui prédominaient. Donc, je faisais moins attention à ce que ça racontait. Et sur scène, cette chanson, qui ne raconte rien d'important, est une explosion d'énergie et de joie, et dans ce sens-là, elle a une certaine utilité.

Comment s'est passée votre rencontre avec Gérard Meys ?

Nous nous sommes rencontrés dans un concert que je partageais avec Isabelle Aubret, à l'occasion de l'anniversaire d'une locale de Radio France. Nous avons dîné ensemble. Pour moi, Gérard Meys, que je n'avais fait que croiser dans le sous-sol de Barclay, était une sorte de « Dernier des Mohicans » depuis la disparition de Jacques Canetti... Pour moi qui aie grandi en Hollande avec un père francophile, en écoutant Vian, Patachou, Mouloudji, la chanson française était quelque chose de sacré à laquelle, avec mon accent néerlandais, je n'osais pas toucher... Ce qui ne m'a pas empêché, dans mes années galère, de chanter à l'Écluse.

Justement, ce « monde » de la chanson rive gauche, ne vous est pas totalement étranger... En 1970, vous êtes passé pour la première fois à l'Écluse.

En fait, je n'ai jamais été dans une « famille » précise. Quand la directrice des programmes de RTL, Monique Le Marcis, est partie, on lui a organisé une soirée surprise. Nous étions une centaine de chanteurs de tous horizons, sans attachées de presse, sans femmes ni époux : rien que des chanteurs. Dans ce type de soirées, où les gens ont tendance à se regrouper par « famille », j'ai constaté que j'étais le bienvenu dans toutes les « familles »... mais que je n'avais pas la mienne ! C'était à la fois positif et attristant. Je pouvais tout aussi bien aller discuter avec Francis Lemarque et Moustaki qu'avec Frédéric François ou Eddy Mitchell.

Comme vous expliquez-vous ça ?

J'ai passé les premières vingt-et-une années de ma vie aux Pays-Bas. Je suis toujours de nationalité néerlandaise. Ce que les Anglais appellent le cultural background se joue surtout à l'école, j'ai donc une mentalité différente de celle des latins. Les Nordiques pratiquent l'autodérision, ce qui n'est pas encore très habituel en France... mais qui peut être aussi l'état d'esprit d'un juif new-yorkais. Ayant grandi en Hollande en écoutant Patachou et Léo Ferré, et étant en même temps influencé par les chanteurs comme Cliff Richard et les Beatles, je suis un melting pot des cultures française et anglo-saxonne.

Comme chanteur et comme artiste, j'ai une immense tendresse, sincère, pour tous ceux qui font le même métier que moi. A priori, je nous aime tous ! Et ça doit se sentir. Ce qui m'est d'ailleurs extrêmement utile dans mon travail d'homme de télé quand j'en fais.

À l'Écluse, vous avez côtoyé des artistes comme Francesca Solleville...

Oui, je l'ai bien connue et j'aime beaucoup cette femme. On a fait des galas ensemble pour le parti communiste. En 1982, Jacques Chancel a fait un « spécial Aragon », avec Capdevielle, Ribeiro, j'avais chanté une chanson de Ferré-Aragon et un poème d'Aragon que j'avais mis en musique en m'accompagnant à la guitare. Ça a plus au PC et j'ai fait beaucoup de galas pour eux.

Sur le plateau de Samedi et Compagnie, le 12 décembre 1970, Dave chante "La cigarette qui me brûle les doigts".

À l'époque de l'Écluse, quel était votre répertoire ? On connaît La cigarette qui me brûle les doigts, que vous avez souvent chantée à la télévision...

Depuis l'âge de quatorze ans, j'écris mes chansons, paroles et musique, en allemand, en hollandais, en anglais, en français, en italien, et tout ça en « petit nègre », comme on dit familièrement. Je m'exprimais dans toutes ces langues parce que je voyageais beaucoup. En fait, écrire des chansons est, pour moi, un véritable besoin et je l'ai fait jusqu'à ce que je rencontre Jean-Jacques Souplet, en 1973. Chez Barclay, j'ai enregistré dix 45 tours qui n'ont pas marché ! Souplet a écouté une bande avec mes chansons et il m'a dit : « Franchement, le chanteur et la voix m'intéressent, mais pas l'auteur-compositeur... » Il a fermé en moi la porte de la création et j'ai immédiatement arrêté d'écrire.

Et quand, il y a deux ans, Gérard Meys m'a dit : « J'ai envie de faire un disque avec toi, mais je voudrais que tu composes », cette porte, qui était fermée à triple tour, s'est rouverte... Et ça, je le dois à Gérard. Mais les deux ont peut-être raison : grâce à Souplet, je suis devenu un chanteur populaire, et ça n'est pas désagréable, même si j'ai dû m'éloigner un peu de l'homme que je suis vraiment. Cela dit, j'ai fait le plus honnêtement et le plus intègrement possible ce que l'on attendait de moi. Je suis devenu un chanteur populaire mais au lycée, je ne l'étais pas ! J'étais plutôt « craint » pour ma causticité, je ne passais pas vraiment pour quelqu'un de gentil et encore moins pour un niais ! Et quand je revois des extraits de ces émissions des années 70, on a vraiment l'impression que je suis à la limite idiot ! Le problème, c'est qu'on ne s'exprimait pas à cette époque, il n'y avait pas de talk shows.

Dès que j'ai essayé de m'éloigner des chansons disons faciles, à partir de Pour que tu me comprennes, Les Hauts du Hurlevent, j'ai continué à vendre des disques, mais beaucoup moins. Un jour, Serge Lama m'a dit : « Si tu veux rester, il faut que tu fasses attention au texte... » J'ai souri, un peu ironiquement, parce que, à cette époque, il chantait Les petites femmes de Pigalle, mais c'est vrai qu'aujourd'hui, je suis en train d'essayer de faire ce que personne n'a réussi jusque là, c'est-à-dire de passer du stade de chanteur populaire à celui de chanteur tout court.

En ouverture de votre livre, Du côté de chez moi, vous citez Jacques Chardonne : « Un homme sans défauts n'est bon à rien. » Quels sont ceux que vous vous connaissez ?

Poussé à un certain stade, un défaut peut devenir une qualité, et réciproquement... Un défaut qui, je pense, me porte tort professionnellement, c'est celui d'éviter les situations conflictuelles... Je suis resté très longtemps avec Jean-Jacques Souplet, mon directeur artistique à l'époque CBS, avec qui j'ai vendu des millions de disques, et quand j'ai senti qu'il ne pouvait plus rien m'apporter, et moi non plus, j'ai eu du mal à le dire, et on perd du temps, finalement... C'est une véritable défaut, une forme de lâcheté, quelque part. J'ai aussi tendance, du fait de nombreuses années de pauvreté financière, à parler beaucoup trop d'argent, c'est quelque chose qui me préoccupe beaucoup. Je suis conscient de la valeur de l'argent mais j'espère ne pas être avare.

Les chansons de votre nouveau disque « Soit dit en passant » — toutes signées Patrick Loiseau — ont été écrites dans une même période ou étalées dans le temps ?

J'ai bossé avec Patrick Loiseau pendant un an et demi. Je lui proposais des musiques et lui des thèmes de chansons. Et puis on s'engueulait. Ça a été un acouchement dans la douleur, comme toujours !

Pour bien écrire des paroles de chansons, il faut vraiment maîtriser la langue. J'ai bouquiné énormément et je m'exprime pas trop mal — en général, on comprend ce que je dis —, mais ce n'est pas la même chose que d'écrire des chansons. Je l'ai essayé, j'ai fait quelques chansons sur mes albums, par-ci, par-là, mais la formule ne me plaisait pas à moi-même.

Quand est sorti mon bouquin, je n'ai jamais caché que le manuscrit avait été corrigé par le rédacteur en chef des éditions Lattès. C'est un autre travail. Comme je le dis souvent : personne ne demande à Pavarotti d'écrire ses chansons ! Je suis un interprète, il n'y a pas de mal à ça. Mais des mélodies, j'en ai en moi. Et je suis content d'avoir composé ces douze chansons, et j'en composerai sûrement d'autres, parce que ça, je l'ai toujours fait. C'est un besoin.

Vous avez composé des musiques qui ne sont pas du tout dans ce qu'on pourrait appeler « le style Dave ». Par exemple, Si la vie l'avait voulue, une très jolie valse... Cette femme dans la cuisine, qui rêve de devenir danseuse, c'est quelqu'un en particulier ?

Non... Mais peut-être que dans son subconscient, Patrick a pensé à ma mère qui a été danseuse... En revanche, Les beaux yeux tristes est directement inspiré par... Annie Girardot. On a dîné avec elle et ça a donné envie à Patrick d'écrire une chanson contre le lifting... « Faut-il que tout soit lisse / Sans rides et sans espoir... » Je pense aussi à la réaction d'un jeune homme qui disait à sa mère, dans une émission de Delarue : « Maman, j'ai envie d'avoir une mère qui vieillisse et pas d'une mère qui reste éternellement jeune ! » Et la mère lui a répondu : « Je me suis occupé vingt ans de toi, maintenant, je m'occupe de moi ! » Ça se défend aussi...

La chanson Ailleurs est autobiographique ?

Totalement. Il s'agit du grand-père de Patrick Loiseau. Il était d'origine juive, né en Russie. Il a disparu sans qu'on sache très bien ce qu'il est devenu, dans la mesure où la mère de l'auteur ne veut clairement pas en parler... Avec Instants, c'est la seule chanson où j'ai fait la musique sur les paroles : il m'a donné trois lignes à lire et la musique est venue immédiatement.

Instants est une ancienne chanson, je crois...

Patrick avait écrit Instants de toi sur la Pavane de Gabriel Fauré. L'éditeur de Fauré nous avait donné verbalement son accord mais rien d'écrit... Alors, on a décidé d'écrire une autre musique sur ces paroles que je trouve très jolies. Et c'est devenu Après moi, qui est ma chanson préférée sur l'album, une chanson sur la mort. Un autre exemple similaire, c'est Il venait d'avoir 18 ans que chantait Dalida. Pascal Sevran et Serge Lebrail l'ont écrite — exprès ou pas ? — sur la musique de Comme ils disent de Charles Aznavour. Ce n'est pas la même mélodie, ce n'est pas un plagiat, mais c'est la même métrique. Ensuite, Pascal Auriat et Jean Bouchéty ont composé la mélodie que l'on connaît.

Dans cet album, ce sont finalement des thèmes d'un homme de votre âge, que vous assumez.

J'ai 57 ans et j'en suis très heureux ! Autour, c'est plutôt le vide de tous les amis qui ont disparu. Nous sommes des enfants de l'ère sida et nous avons perdu beaucoup de proches. Lorsque l'on revoit des gens qu'on n'a pas vu depuis longtemps, on demande si untel est toujours vivant... Un peu comme peuvent se le dire des gens de 75 ans, mais eux, c'est en raison de l'âge alors que nous, c'est à cause de cette peste qui nous est tombée dessus, et c'est assez angoissant... Je pense que l'on est beaucoup plus conscient de la fatalité et de l'aléatoire que nous ne devrions l'être.

Ce n'était pas le cas, il y a trente ans, à l'époque de vos débuts ou lorsque vous étiez beatnik...

Nous avons eu la chance de vivre une liberté, pour ne pas dire un libertinage, parfaite... On a vécu Hair. C'était peut-être Sodome et Gomorrhe pour certains, mais c'était en même temps enrichissant à tous points de vue. Le sida nous est tombé dessus comme la syphillis dans les années 30.

Dans votre livre, vous parlez des beatniks puis des hippies. Quelle différence faites-vous avec le recul ?

Ça n'a rien à voir. Moi, je suis de la génération beatnik. Les beatniks étaient des individualistes qui partaient seuls pour trouver la réponse à des questions vitales. Alors que les hippies étaient des gens qui se mettaient en communautés. C'était le retour à la nature, le fromage de chèvre... On se mettait tous ensemble, avec cette liberté sexuelle qui allait avec... Les beatniks étaient beaucoup plus proches de notre gourou qui était Jack Kerouac, On the road... C'était des voyageurs individualistes.

Vos premiers disques chez Barclay cultivaient ce personnage de beatnik ?

À l'époque, j'écrivais tout, paroles et musique, et je ne cultivais pas ce personnage, je l'étais ! Ce qui, à l'époque, a intéressé Eddie Barclay, Jean Fernandez et Léo Missir, c'était le beatnik qui faisait la manche dans la rue, qui avait les cheveux longs blonds, qui naviguait, qui avait l'air sain, qui n'était pas citadin... Et c'était cet homme-là qui passait aussi à l'Écluse. André Schlesser, l'associé de Marc Chevalier, me disait : « Tes chansons, à la rigueur, ce n'est pas pour moi, mais tu m'amènes une telle énergie quand tu es là, j'ai l'impression qu'on ouvre les fenêtres de l'Écluse ! »

À cette époque, je chantais dans les créperies de la rue Saint-André-des-Arts, où je faisais la manche. Je suis allé à l'Écluse de la même manière, avec le même aplomb, et je me suis entièrement cassé la gueule. Bide total ! Les gens ont poliment applaudi et c'était terminé. Je suis resté dans les coulisses pour voir. J'ai regardé celles et ceux qui chantaient et j'ai surtout regardé le public. Et tout d'un coup, j'ai cru comprendre : dans la salle, il y avait des habitués, des instituteurs, des profs, des gens qui connaissaient et aimaient la chanson. J'étais venu en « conquérant » et ça ne leur plaisait pas. Je n'étais pas la vedette de la soirée, il fallait que je propose mes chansons modestement, tout était dans l'attitude. Le lendemain, j'ai changé d'attitude et je me suis fait applaudir comme il faut. J'étais l'étranger qui faisait des efforts pour écrire en français, on m'encourageait.

Plus inattendu : vous avez joué Ubu d'Alfred Jarry au festival d'Avignon...

J'ai fait Godspell à la Porte Saint-Martin, deux saisons et demi, plus de 700 représentations, avec Daniel Auteil, alors inconnu, Armande Altaï, Grégory Ken... Un soir, parmi les spectateurs, il y avait le compositeur Antoine Duhamel. À la fin du spectacle, il a demandé à me rencontrer et m'a proposé de chanter une musique de film. Antoine Duhamel était intéressé par ma voix. Quelques mois plus tard, il m'a appelé en me disant que Georges Wilson prévoyait une version musicale d'Ubu roi d'Alfred Jarry et qu'il voudrait me rencontrer. Je suis allé dans la maison de Georges Duhamel — le père d'Antoine — avec beaucoup d'émotion, j'étais pressenti pour un petit rôle, celui de Ballotin. Moi, qui faisais du lyrique, je me suis mis à entamer un air d'opéra, de Charles Adams, Fédora, sur des paroles de Victorien Sardou. J'ai chanté cet air qui est un contre-la mais qui claironne comme un contre-ut et Wilson m'a dit : tu seras Bougrelas, ce qui devenait un rôle plus important. C'est là que nous avons fait le festival d'Avignon puis le TEP. J'étais parti dans tout autre chose que la chanson, je commençais à cachetonner pour France Culture, France Musique. Ève Griliquez me faisait faire des petites choses, j'étais tout à fait sur d'autres rails.

Et Colette Magny ?

Colette Magny était pressentie par Georges pour faire la mère Ubu. Dans la salle du théâtre Mogador, on a commencé à répéter avec Colette mais au bout de deux ou trois jours, elle a dû renoncer car elle avait déjà des problèmes pour marcher. J'adorais sa voix, une voix très jeune, très différente de son physique. J'avais été ravi de la rencontrer. C'est comme lorsque j'ai rencontré Mouloudji : pour moi, Un jour tu verras fait partie des chansons les plus riches, sur le plan mélodique, du répertoire français. À l'âge de huit ans, je chantais Le piano du pauvre de Ferré. J'ai été très marqué par la chanson des années 50.

Vous n'aimeriez pas faire un disque de reprises avec ce répertoire ?

Certainement, il y a tellement de belles chansons, mais on va croire que je suis opportuniste... La chanson qui me bluffe le plus dans la chanson française, c'est La Manikoutai de Gilles Vigneault. Je la trouve d'une richesse étonnante. Pour moi, c'est un bijou.

À la fin des années 90, vous avez enregistré pas mal de titres pour les éditions Atlas.

Oui, mais là c'était alimentaire, à une époque où l'argent ne rentrait pas vraiment à flot... Mais c'était très sympathique et ça a été un bon coup pour beaucoup de chanteurs. On nous proposait des titres et on cochait ceux que l'on avait envie de faire.

Comment vous expliquez-vous que vos trois derniers albums n'aient pas beaucoup marché. On ne les trouve plus dans les bacs des disquaires...

Ils n'ont pas marché du tout, quoique le classique a tout de même été vendu à 30 000 exemplaires... Pourquoi ? Parce que ce n'était pas mon tour, je pense. Il y a de multiples raisons, on ne peut qu'essayer d'analyser a posteriori.

On a l'impression qu'une décennie chasse la précédente, comme l'arrivée des années 60 a chassé les chanteurs des années 50. Il y a eu l'arrivée des FM en 1981. Elles étaient faites par des jeunes qui n'avaient pas envie de programmer les chansons qui étaient programmées par leurs prédécesseurs à RTL, Europe 1, France Inter, Monte Carlo, Sud Radio et Radio Andorre. Ces jeunes qui venaient d'arriver voulaient avoir leurs chanteurs et pas ceux de leurs parents ou de leurs grands-frères. Ce n'est pas drôle à vivre, mais compréhensible de leur point de vue.

Quand on aime un chanteur, on aime son timbre de voix, c'est presque physique. Je crois aussi que les gens en avaient marre d'entendre ma voix et de voir toujours les mêmes chanteurs. Quand au milieu des années 90, les années 70 sont redevenues à la mode, on nous a redécouverts. Sans fausse modestie, je pense que lorsque le train est repassé, j'ai su le choper.

Vous pensez qu'il y a des cycles ?

Oui, je le pense. Il y a le cycle de la chance. Je crois que c'est Bernard Moitessier qui dit dans un livre : « C'est Dieu qui distribue les cartes, mais c'est nous qui jouons. » La chance, il faut la saisir quand elle repasse. Elle est repassée pour moi et je l'ai ressaisie.

Votre come-back, finalement, a été plus celui d'une personnalité que du chanteur, non ?

Oui, mais le chanteur en profite quand même ! Si je n'avais pas eu ce come-back, je n'aurai pas fait ce nouvel album, mais je rame toujours autant pour le faire savoir... Déjà, parce qu'il n'y a plus d'émissions de variétés.

Comment appelez-vous, alors, ce qu'on voit à la télévision ?

Mon émission Dansez maintenant a été arrêtée. Il reste Tapis rouge de Drucker. Le reste, ce ne sont pas des émissions de variétés mais des talk-shows où on vous demande de ne pas chanter, de préférence... Il faut vraiment insister pour pouvoir le faire...

M6 et MCM diffusent des disques pour les jeunes mais pour les chanteurs de ma génération, il faut avoir « la carte » pour y passer, comme, par exemple, ceux qui sont tous les ans dans les Enfoirés... Ces chanteurs-là, les Souchon, les Le Forestier..., quand ils sortent un nouveau disque, ils passent automatiquement en radio, mais les autres pas. De temps à autres, on fait appel à un ou deux chanteurs comme moi, ou Serge Lama, ou Annie Cordy, du genre « on prend un vieux chanteur ringard et on le met dedans ! »...

Et comment expliquez-vous cet ostracisme ? Le moins que l'on puisse dire c'est que ce n'est pas très « juste » car ces chanteurs dont vous parlez n'ont pas, a priori, le monopole de la générosité...

Non, mais maintenant que je suis aussi de l'autre côté de la barrière, j'entends ce qui se dit dans les réunions et c'est vrai que à un certain moment, on est ringardisé, quasiment sans chance de repêchage... C'est lié à l'âge, à la durée. Pour moi, c'est plus batard, car je suis très fashion — on ne dit plus à la mode ni in. Pour le moment, le chanteur n'en profite pas tellement, mais je n'ai pas dit mon dernier mot ! Paradoxalement, plus je fais de télé comme « personnage » et plus ça porte tort au chanteur. Déjà, TF 1 ne veut pas de moi parce que je « suis » France 2... 

Comment expliquez-vous le succès que connaissent ces « soirées kitsch », avec des artistes comme Rika Zaraï, Stone et Charden, Chantal Goya et même Marcel Amont...

Il y a un espèce de second degré là-dedans... La suite du ringardisme, c'est le kitsch, j'ai vécu ça moi-même. Je me trouvais chez Marcel Amont et sa jeune fille me dit : « Est-ce que vous ferez des soirées comme papa ? » Et Marcel lui a répondu : « Il n'en est encore pas là, Dave ! » C'est quand même légèrement humiliant à faire, même si c'est très gentil et que le public, souvent très jeune, manifeste beaucoup d'enthousiasme... Du point de vue des artistes, peut-être ont-ils vraiment envie d'être sur une scène ? Mais moi, je préfère quand même travailler pour le troisième âge : c'est plus calme !

Est-ce que vous allez présenter ces nouvelles chansons à Paris ?

Avec Gérard Meys, on a pensé que ce serait une bonne idée de faire, à la fin de l'année ou au début de la prochaine, une salle de 300 places, style Café de la Danse — comme vient de le faire Lio avec son album Prévert. Mais là, il ne faudra pas que je chante Vanina !

Vous pouvez aussi garder certaines de vos anciennes comme Du côté de chez Swann...

Oui, et sur l'album que j'ai fait chez AB, il y a une chanson qui s'appelle Dernier regard, une chanson sur la mort de ma mère que je trouve très belle. Et quelques autres, mais ce sera très déroutant pour les « fans ».

Et sous quelle forme orchestrale ?

J'aimerais vraiment le faire avec guitare, piano et contrebasse. Et si Gérard me donne le budget, j'aimerais bien avoir quatre cordes, parce que sur l'album, il y en a beaucoup. Alain Goraguer a fait de très beaux arrangements, très fins, du vrai Goraguer ! Bertrand de Labbey m'a dit que c'était un album sur lequel il fallait « travailler » deux ans. Soit on met deux millions de francs de pub télé, et on n'est pas sûr que ça marche, soit on essaie de le faire vivre par la scène. Même dans des petites salles.

Propos recueillis par Raoul Bellaïche

• Entretien publié dans JE CHANTE n° 27 (juillet 2001).

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