• Jean Arnulf

Anne Vanderlove, la « Joan Baez française »


Dans sa fameuse collection « Chansons tendres », Marianne Mélodie vient de publier un double CD d'Anne Vanderlove reprenant l'intégralité de ses chansons enregistrées chez Pathé Marconi entre 1966 et 1970 ainsi que celles de l'album publié en 1981.

En 1995, à l'occasion de son retour après des années d'absence, Anne Vanderlove s'était confiée au chanteur Jean Arnulf pour une interview parue dans JE CHANTE n° 18. Ce numéro étant quasi épuisé, voici cet entretien en ligne.

JE CHANTE ! — Qu'est-ce qui a fait que le bébé Anne Vanderlove se soit mis un jour à chanter ? Y avait-il un père ou une mère musiciens ?

ANNE VANDERLOVE.— Non, pas du tout ! Je suis née au Pays-Bas. Mon père était artiste peintre et gagnait sa vie en faisant du dessin industriel. Ma mère était d'origine bretonne. Lorsque mes parents ont divorcé, ma mère m'a ramenée en France et m'a plus ou moins abandonnée chez ma grand-mère maternelle en Bretagne. Mes grands-parents faisaient partie de la petite bourgeoisie, dans le milieu professoral. Mon enfance était très solitaire, je ne suis allée à l'école qu'à partir de l'âge de douze ans. Ma grand-mère était assez dure avec moi, et mes seuls contacts familiaux étaient avec mon grand-père avec qui, auparavant, j'avais appris à parler français et à lire. Dès que j'ai su lire, j'ai découvert tous les livres qu'il avait amassés dans le grenier. C'est ainsi qu'à huit ans, j'avais lu l'Iliade et l'Odyssée et toutes sortes d'ouvrages que les enfants ne connaissent pas forcément à cet âge.

J'ai ensuite fini ma scolarité normalement jusqu'au bac, puis j'ai commencé des études de philo durant lesquelles j'ai fait pas mal de petits boulots : instit, pionne, professeur de grec ancien, j'ai fait des ménages, tenu des pompes à essence... Après quelques nouvelles difficultés familiales et un gros coup de désespoir, j'ai décidé de partir dans un camp humanitaire international. Je devais partir au Chili au mois de décembre 1966, et en attendant mon départ, j'ai débarqué à Paris.

En me baladant au quartier Latin, j'ai découvert les petits restos et le cabaret de La Contrescarpe où des jeunes gens chantaient en faisant la manche. J'avais une guitare, achetée l'été précédent, et j'ai décidé d'écrire des chansons et de faire la manche moi aussi en attendant de partir. C'est à ce moment-là que j'ai composé Ballade en novembre et Les petits cafés. J'ai chanté à la terrasse des cafés du quartier et une seule fois à La Contrescarpe. J'ai découvert le cabaret Chez Georges, rue des Canettes, et c'est là qu'un jour, un directeur artistique de Pathé Marconi m'a entendue et m'a demandé de venir passer une audition. Je n'envisageais pas du tout une carrière mais après cette audition, on m'a proposé de signer un contrat. J'ai donc annulé mon départ pour le Chili et j'ai enregistré mon premier 45 tours en février 1967. Le succès a été immédiat... et voilà !

Ballade en novembre a été le déclic.

Ce premier 45 tours a été enregistré avec des moyens très modestes et lorsqu'il est sorti, en pleine époque yéyé, un journaliste de France Inter l'a diffusé juste avant et après les informations de midi. Ça a démarré très vite. J'avais des cheveux longs, une voix claire, je chantais des chansons tendres en m'accompagnant à la guitare et on m'avait surnommée la Joan Baez française. Je me suis donc trouvée propulsée brutalement dans le monde du showbiz dont j'ignorais tout. On m'a fait signer un contrat chez un imprésario très connu, m'engageant sur une tournée de huit mois, et selon lequel je touchais deux cents francs par spectacle, moins 10% de commission. Sur les cent quatre vingt francs qui restaient, je devais payer les musiciens – deux cent cinquante francs chacun ! – mes déplacements, l'hôtel, le restaurant, etc... C'était totalement impossible !

J'ai alors demandé une avance sur royalties à Pathé Marconi avec laquelle je me suis acheté une voiture d'occasion pour pouvoir me déplacer. Cet imprésario m'a littéralement vendue à d'autres imprésarios, à des tourneurs plus ou moins délicats pour des sommes astronomiques à l'époque : entre six mille et dix mille francs, sur lesquels il me restait royalement cent quatre vingt francs ! J'étais accueillie comme une star partout où je passais, mais je n'avais que deux vêtements à me mettre, je mangeais un sandwich de temps en temps, je dormais dans la voiture et me lavais dans les douches municipales.

Et le cabaret ?

J'ai fait du cabaret jusqu'à la sortie de ce 45 tours, chez Georges, rue des Canettes. Georges et Minouche étaient un couple exceptionnel qui accueillait des artistes comme Hélène Martin, Georges Chelon, Éva. Je gagnais vingt francs par jour et j'en donnais la moitié au jeune guitariste qui m'accompagnait. Ma chambre me coûtait dix francs, mais comme le samedi, j'étais payée trente francs, il m'en restait dix pour vivre toute la semaine. Georges et Minouche m'appelaient « la grande chèvre » et s'inquiétaient toujours de savoir si j'avais mangé ou non. Ils ont été très gentils avec moi et je leur suis toujours restée fidèle. J'ai fait un spectacle pour leur vingt ans de mariage, puis pour les vingt ans de leur fils et je suis retournée chanter chez eux vraiment pour le plaisir.

J'y suis restée jusqu'en mai ou juin 1967 puis je suis partie dans cette fameuse tournée, jusqu'en décembre. J'ai chanté en première partie de Claude François, Rika Zaraï, Hervé Vilard, Pierre Perret, les Haricots Rouges. Entre temps, j'ai fait Bobino en octobre, et mon premier 33 tours, « Ballades en novembre ». Toute cette période a été difficile pour moi. On me demandait de m'habiller de façon plus sexy... c'était quelque chose qui me choquait, je n'admettais pas vraiment les compromissions.

Le 4 mai 1967, au Palmarès des chansons, Anne Vanderlove interprète une chanson de Richard Anthony, Je me suis souvent demandé.

Ne pensez-vous pas que le problème venait du fait qu'il n'y avait qu'une seule chanson qui marchait vraiment ?

C'est le problème de beaucoup d'artistes : on est connu avec un titre et c'est un véritable piège. J'arrive à presque trente ans de carrière et les gens continuent à ne connaître que Ballade en novembre. Lorsque mai 68 est arrivé, je me suis beaucoup engagée et j'ai été très soutenue par des radios comme France Inter ou Europe n° 1 où Michel Lancelot faisait une excellente émission qui s'appelait Campus. C'était une époque formidable durant laquelle j'ai composé beaucoup de chansons qui marchaient et qui marchent encore très bien auprès du public.

En 69, je suis allée présenter un nouveau disque dans une radio importante que je préfère ne pas citer, et là, on m'a fait des propositions déplacées sur le plan personnel auxquelles j'ai répondu par un coup de poing dans la figure. Je reconnais que c'était assez maladroit parce que ça m'a valu d'être « déconseillée » sur les ondes entre 7 heures du matin et minuit. Alors, non seulement mes nouvelles chansons n'étaient jamais diffusées, mais en plus, je me suis brouillée avec Pathé Marconi du fait des conditions du contrat, et avec mon imprésario, parce que je jugeais hors de question de resigner avec lui dans les mêmes conditions. Ceci fait que j'ai mené tout à fait involontairement une carrière marginale, et que la seule chanson réellement programmée sur toutes les antennes a été Ballade en novembre.

« L'économie et le social vont mal, il y a des problème de chômage,

de drogue et de misère énormes, et les discours politiques que j'entends

ne sont que des attaques contre le parti adverse,

sans que personne ne propose des réformes intéressantes et justes. »

Vous parliez de 68... Il n'y a pas eu que Ballade en novembre en 68 ?

Non, il y a eu Les petits cafés, La fontaine de Dijon..., toutes ces premières chansons qui, à mon avis, étaient un petit peu mièvres. C'était des chansons de jeune fille. J'ai ensuite écrit La ballade au vent des collines qui était un peu plus engagée et j'ai chanté des chansons de Bob Dylan, Woody Guthrie ou Joan Baez. On m'a toujours taxée de chanteuse engagée parce que j'étais vraiment de gauche, je grimpais sur le barricades, j'allais chanter dans les usines en grève, j'y croyais complètement, mais mes textes de chansons étaient toujours plus doux et plus romantiques que la réalité que je portais. Maintenant, je fais des textes plus forts, avec plus de maturité dans l'écriture.

On va parler du maintenant, justement. C'est un maintenant très important pour vous.

Oui, c'est vrai. Depuis 1972, j'ai beaucoup chanté à l'étranger, au Japon, aux États-Unis, au Mexique, en Europe et grâce à mes cachets, j'ai produit mes disques toute seule. Il y en a eu une dizaine qui ont bien fonctionné dans le public. En raison de problèmes personnels et de santé, je me suis arrêtée de chanter pendant ces deux dernières années, et là, je redémarre avec de nouvelles chansons auxquelles je crois énormément, et je veux absolument les enregistrer.

Vous pourriez vivre sur vos lauriers. Qu'est ce qui vous fait courir dans ce métier ? Qu'est ce qui vous accroche à la chanson ?

C'est une passion. J'ai le sentiment d'avoir des choses à dire, et la façon dont je les dis ou les chante touche les gens qui sont en face de moi. Je suis révoltée de voir qu'il y a plein d'artistes, bourrés de talent, qui n'y arrivent pas parce qu'ils ne rentrent pas dans un système de fric, de relations ou de copinage. À la télévision, en dehors de l'émission de Pascal Sevran qui accueille les artistes pour l'amour de la chanson, sans magouilles ni histoires de fric, il n'y a rien de fait pour les chanteurs, anciens ou débutants. Si on n'est pas copain avec quelqu'un de bien placé, si on n'a pas d'argent ou une maison de disques qui vous pousse, on ne franchit pas cette barrière des médias. Et si on ne passe ni à la télé ni à la radio, on reste un inconnu, et les organisateurs de spectacles refusent de vous prendre en craignant le bide financier.

Vous n'avez jamais été aigrie ?

Non, jamais. Je n'ai ni rancœur ni ressentiment, je n'en veux pas aux gens qui ont été malhonnêtes envers moi, qui m'ont piqué des chansons ou qui ont exercé des pressions inacceptables. Cette absence d'aigreur me permet sans doute d'écrire des chansons encore « fraîches ». Je pense que, comme dans la mythologie ou l'antiquité, pour pouvoir se battre contre des pieuvres ou des monstres, il faut garder un cœur pur.

J'ai entendu vos nouvelles chansons, et je les trouve absolument « al dente ». Du côté de Maine Montparnasse est une chanson tout à fait d'actualité. Comment expliquez-vous que vous ayiez cette inspiration qui tombe pile au moment où il le faut ?

Je suis très attentive à ce qui se passe dans le monde et dans notre pays, aussi bien au plan politique, social ou artistique, et quand on est à l'écoute des problèmes des gens, on est obligatoirement branché sur une espèce d'actualité.

Vous avez parlé de la politique, en l'effleurant. Êtes-vous une femme politique ?

Je croyais l'être à une certaine époque. Toute jeune, j'étais profondément de gauche, mais je ne connaissais rien à la politique, mes études m'avaient enfermée dans une sorte de cocon, entre le grec ancien, le latin et la philo. Plus tard, je me suis retrouvée dans la vraie vie, hors des livres, et je me suis sentie passionnément de gauche. Je me suis battue pour défendre les pauvres, les ouvriers contre les riches qui étaient des salauds. C'était complètement enfantin ! Dans mon métier, je me suis attachée à défendre la chanson et la liberté d'expression, en allant chanter gratuitement pour obtenir, par exemple, que les prisonniers politiques aient un statut différent de celui des prisonniers ayant commis des délits ou des crimes, ou dans des hôpitaux psychiatriques, ou pour des personnes âgées. Tout cela rentrait pour moi dans une démarche que je qualifiais de gauche et ça a duré jusqu'en 81 où j'ai évidemment voté pour Mitterrand.

« Cette absence d'aigreur me permet sans doute d'écrire des chansons encore "fraîches".

Je pense que, comme dans la mythologie ou l'antiquité, pour pouvoir se battre contre

des pieuvres ou des monstres, il faut garder un cœur pur. »

En vieillissant, j'ai davantage écouté les informations relatives au monde politique français et je me suis rendue compte qu'il y avait autant de gens moches d'un côté que de l'autre, qu'il y avait des idées de droite, comme de gauche, très bonnes mais que certains individus à la tête de ces mouvements, pour le pouvoir, l'argent et des privilèges dont on peut penser qu'ils ont été abolis depuis longtemps, bafouaient les idées et les idéaux. Pour moi, il n'y a plus ni droite ni gauche en ce moment. L'économie et le social vont mal, il y a des problème de chômage, de drogue et de misère énormes, et les discours politiques que j'entends ne sont que des attaques contre le parti adverse, sans que personne ne propose des réformes intéressantes et justes. Je ne peux plus dire que je suis de gauche, bien que j'en garde les idées, et je ne serai jamais de droite. Puisque tout le monde dit qu'il en a marre, il faudrait que tout les monde vote blanc pour dire : « On ne veut pas des gens qu'on nous propose, on veut autre chose. » Il faut refuser de se laisser manipuler par des gens qui ne veulent que le pouvoir et l'argent.

Tout cela vous influence-t-il dans les chansons que vous écrivez à l'heure actuelle ?

Mon entourage m'a dit que j'avais un nouveau style. J'ai certainement acquis de la maturité dans mon écriture mais je pense que j'ai toujours la même spontanéité. Alors que je suis plutôt positive et gaie dans la vie, ce que je chante n'est pas très gai et provoque plutôt l'émotion. J'aborde des problèmes plus durs, comme la liberté d'expression, les prisons, la tristesse, la solitude. C'est banal à dire, mais nous vivons dans une société de solitude et de méfiance et les gens ont besoin d'autre chose. La preuve : ces réunions spontanées qu'on peut faire dans un bar. Si les gens entendent un air de guitare, ils s'approchent, ils écoutent et les conversations s'engagent après une chanson. J'évoque beaucoup la solitude parce que c'est quelque chose que j'essaie de briser. La chanson est un véhicule formidable, qui se capte en quelques minutes et provoque l'émotion et la réflexion.

Vous êtes quelqu'un de très profond. Il faudrait que vous m'expliquiez d'où ça vient.

J'ai eu une enfance solitaire et très difficile sur le plan affectif qui a sans doute développé mon sens de l'imaginaire. Ma vie d'adulte n'a pas été simple non plus, j'en ai bavé pas mal. J'ai souffert physiquement et moralement mais j'en suis sortie sans aigreur, avec plus de réflexion, de tendresse et de compréhension... Et aussi avec l'envie de communiquer et de sortir de ma propre solitude. Il y a quelque chose de très égoïste dans tout ça.

La tendresse, elle ne vient pas comme ça. Elle existait dès le départ... forcément.

A priori l'homme naît bon, avec le besoin d'aimer et d'être aimé.

Comment imaginez-vous vos futures chansons ? Elles seront plus dures ?

Peut-être plus dures, c'est-à-dire avec moins de romantisme... Plus dures dans le sens où je serai plus directe. J'ai une nouvelle chanson dont le titre est déjà assez évocateur, Personne, dans laquelle j'aborde la religion, la politique, la détresse de l'incompréhension et de l'incommunication mais qui reste quand même tendre et pleine d'amour parce que j'en ai besoin et que les gens en ont besoin.

Comment vous placez-vous par rapport aux gens du métier ?

Je suis complètement dans ce métier, j'en vis depuis vingt cinq ans. Par la force des choses, je suis en marge depuis quelque temps mais je compte bien trouver un producteur pour mon prochain disque, et je ferai tout pour qu'il passe sur les antennes. Si mes chansons plaisent bien au public, pourquoi ne plairaient-elles pas aux « dirigeants » de ce métier ?

Y a-t-il dans le showbiz des gens que vous aimez particulièrement, ou pas ?

Il y en avait, mais malheureusement, ils disparaissent tous ! Je pense à Maurice Fanon qui était quelqu'un de formidable, à Bernard Dimey, à Mouloudji. Parmi les chanteurs actuels, que je ne connais pas personnellement, j'aime beaucoup Francis Cabrel.

Y a-t-il des choses que vous pensez avoir ratées ?

Je pense que j'ai raté une vraie carrière. Par exemple, je sais que j'ai vendu beaucoup de disques, mais je n'ai pas de disque d'or. J'ai reçu le Grand Prix du Festival de Tokyo, j'ai représenté la France au Mexi­que, j'ai gagné des tas de prix, c'est très bien, j'en suis très contente, mais je suis une chanteuse-artisan, pas une star. Est-ce que j'ai loupé une carrière de star par maladresse quand j'ai tourné le dos à tous les magouilles de l'époque ? J'aurais peut-être pu, sans toutefois me compromettre, agir plus intelligemment. J'aurais aimée être comme Brassens ou Mouloudji. Je ne dis pas cela par vanité, mais pour le bonheur d'être reconnue... et puis financièrement, la vie serait moins difficile. J'écrirais sans doute avec plus de sérénité.

Quand on parle de vous, où que ce soit, tout le monde connaît Anne Vanderlove.

Je représente toujours la chanson marginale, et c'est quelque chose que je refuse. Il y a de mauvaises chansons et de mauvais chanteurs qui se disent marginaux parce qu'ils ne passent pas. Je ne pense pas être dans cette catégorie-là. Je sais que je fais des choses sympas, que pleins de gens aiment, mais encore une fois, je sais que je suis passée à côté d'une vraie carrière reconnue.

C'est quoi une vraie carrière reconnue ?

C'est pouvoir faire des émissions de télévisions de temps en temps, c'est pouvoir chanter dans des grandes salles devant un large public et avoir des chansons qui voyagent, qui existent. Si elles vivent pour dix personnes, c'est formidable, mais je préférerais qu'elles vivent pour cinq mille personnes. Indépendamment des désirs de gloire ou des droits d'auteur, j'aimerais bien entendre mes chansons à la radio et à la télévision !... Mais ça viendra, j'y crois ! À bientôt !

Propos recueillis par Jean Arnulf,

à Saint-Gobain, en septembre 1995

• Le site de Marianne Mélodie

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