Nous contacter

Tél : 01 64 21 63 52

je.chante@wanadoo.fr

  • Facebook Long Shadow
  • Google+ Long Shadow
  • LinkedIn Long Shadow
  • Twitter Long Shadow

© 2020

  • Raoul Bellaïche

Entretien avec Pascal Danel, le « funambule de la chanson »


En mai 2000, Pascal Danel faisait sa rentrée parisienne au Cirque d'Hiver. Retour aux sources pour celui qui débuta comme funambule sous ce même chapiteau ? « J'ai travaillé au cirque Bouglione. La famille Bouglione est un peu ma famille et le cirque, un élément important dans ma vie. Je ne veux pas dire que je boucle la boucle avec le Cirque d'Hiver, mais disons que je repars sur une route qui était celle que j'ai empruntée à mes débuts... » Si ses chansons passent toujours en boucle sur les radios « nostalgiques », l'artiste se faisait rare depuis une quinzaine d'années. La sortie de son nouveau disque était l'occasion d'évoquer les succès et la carrière d'un artiste singulier et attachant.

JE CHANTE ! — L'univers du cirque est présent dans beaucoup de vos chansons : J'ai un grand cirque dans ma tête, Sur un trapèze, Le funambule... Même dans des chansons comme Pierrot le sait (« Le clown est mort / On croit qu'il dort... ») ou Comme une enfant où il est question d'un magicien...

PASCAL DANEL.— Je ne pense pas que ce soit une coïncidence... Je respire dans le monde du spectacle par le spectacle vivant, donc le cirque également. C’est peut-être ce qui m’a apporté certaines difficultés de compréhension avec les gens de la chanson, qui ne sont pas tout à fait les mêmes... Mais, bon, maintenant, ça va, je me suis bien adapté. Eux aussi, d’ailleurs...

Vous avez commencé par faire du funambulisme à moto...

C’était avec une troupe itinérante, qui s’appelait les Diables. On montait au clocher des églises, soit en marchant, comme je l’ai fait au Cirque d’Hiver, avec un balancier – c’est ce qu’on appelle une traversée –, soit à moto, avec un trapèze en-dessous... J’ai eu un accident, comme beaucoup d’artistes de cette catégorie. Un accident pas très grave, mais qui m'a valu d'être hospitalisé quelques mois, le frein de la moto m’étant rentré dans le ventre... Une belle cicatrice, mais enfin, je m’en suis bien sorti.

C’est à l’hôpital que vous avez commencé à jouer de la guitare...

Si mes souvenirs sont bons, dans la même chambre, à l’hôpital, il y avait un Martiniquais qui grattait de la guitare avec des chansons très sympas. Il m’a appris mes premiers accords de guitare et c’est peut-être ce qui a déclenché chez moi le goût de la musique et de l’instrument. En tous cas, le goût de composer des chansons. J'aimais déjà la chanson, mais le fait d’en écrire est peut-être venu là avec ce garçon que je n’ai jamais revu...

Adolescent, quels étaient vos goûts en matière de chanson ?

Chez moi, le goût de la musique a démarré avec ce qu’on écoutait à la fin des années 50 : Paul Anka, les Platters, Elvis Presley, Bill Haley... Et, dans la chanson française, avec Aznavour, Bécaud, Brel, Sacha Distel... Et Montand aussi.

Votre tout premier disque est paru en 1963 chez Vogue, avec quatre chansons cosignées avec un certain Charoff...

À la suite d’auditions, j’avais été engagé pour faire un disque. Et j’ai fait des chansons avec Serge Charoff qui n’est autre que Michel Delancray avec qui j’ai écrit, un peu plus tard, Les neiges du Kilimandjaro, Comme une enfant, Mamina, et bien d’autres... Ce premier disque chez Vogue était paru dans la série Contact où il y avait Françoise Hardy. C’était un label de découvertes.

Ce sont des chansons qui ont marché ?

Non, mais elles m’ont fait découvrir par Lucien Morisse qui, quelques années après, m’a engagé sur le label qu’il venait de créer. C’est là que j’ai fait mon premier disque AZ avec J’m’en fous, Hop-là, tu as vu, le 45 tours avant La plage aux romantiques, qui a été le premier succès.

À partir de 1966, vous avez eu toute une période de tubes...

Oui. La plage aux romantiques, Les neiges du Kilimandjaro, Les trois dernières minutes, Comme une enfant, Mamina... Et puis, je crois qu’il y a eu un tournant. Le disco est arrivé assez vite. Je ne me suis pas retiré mais j’ai mis un peu le holà, parce que je ne me sentais pas en osmose avec tout ça. Moi et quelques autres, on est devenus des chanteurs sur la touche et je n’aime pas trop la touche... Il vaut mieux arrêter. J’ai fait beaucoup d’autres choses.

Vous êtes essentiellement compositeur, je crois...

Non, j’écris beaucoup de textes. Sur le dernier CD, il y a La mer d’Irlande qui est à moi tout seul, ou Le cinéma de Clichy ou encore Le mouchoir, bien qu’elle ne soit pas sur l’album... En fait, c’est par pudeur que je n’écris pas toujours les textes. Je crois que sur le prochain disque, je vais tout faire. J’ai très envie d’écrire tout parce que je m’aperçois que, finalement, je n’écris pas mal non plus... Et puis, ce que j’ai à dire, peut-être suis-je le seul à pouvoir le dire vraiment.

Dans les années 60, vos chansons sont écrites par Michel Delancray ou Jean Albertini, mais elles ont une unité. C’est du Danel !

Je faisais les musiques, mais je disais : j’aimerais bien qu’on fasse une chanson sur tel ou tel sujet... Une chanson comme Pierrot le sait, qui a été écrite par Louis Amade, ce n’était pas un hasard si on y parlait du cirque, des clowns... Mes auteurs avaient l’impulsion que je leur donnais par rapport à ce que je voulais faire. Donc, effectivement, il y a un petit peu de moi dans le texte.

On va revenir sur quelques-uns de vos grands succès. La plage aux romantiques, finalement, ce n’est pas une chanson si... romantique que ça puisque le leit-motiv, c’est : « Je veux t’aimer à mon idée » et ça rappelle le « Je veux simplement faire l’amour avec toi » de Michel Polnareff, qui est contemporaine...

Aujourd’hui, c’est tout à fait banal mais à l’époque, c’était original et même un peu osé... « Laissons la plage aux romantiques » est une phrase qui prend peut-être beaucoup de poids aujourd’hui.  Contrer cette espèce de romantisme qu’on voyait sur les plages l’été avait quelque chose d’un peu guerrier, d’un peu révolutionnaire... qui correspondait bien à mon physique en plus... Mais c’est doublé d’une tendresse, que les gens ressentent bien, je crois. 

À la fin, il y a une pirouette : « Veux-tu m’épouser ? »

Tout à fait.

Kilimandjaro est une chanson évidemment inspirée du roman d’Hemingway ou du film d’Henry King ?

Des deux. C’est une histoire qui m’a marqué, j'en ai parlé avec Michel Delancray et on a décidé d’en faire une chanson. On m'a déjà fait des réflexions extraordinaires sur cette chanson qui a marqué beaucoup de gens et qui a fait le tour du monde, à mon grand étonnement... Un jour, dans ma loge, une dame m'a dit : « Est-ce que vous vous rendez compte du succès de votre chanson ? Ils en ont fait un livre et un film ! » (rires). Je trouve ça extraordinaire. Aujourd'hui, dans le Trivial Poursuit, il y a une question : « Où sont les neiges de Pascal Danel ? » Cela dit, on ne va pas se frotter au grand Ernest Hemingway, mais, pour les Français, j'ai certainement fait connaître davantage le Kilimandjaro que lui... C'est là que l'élève rattrape le maître, quelque part... Sans aucune prétention de ma part, bien sûr. Je pense que la chanson a définitivement immortalisé cette montagne et, en réalité, grâce à Hemingway.

Mais pourquoi une chanson pareille en 1966, alors que dans les chansons, on parlait de plage, de hippies, du Vietnam...

Je pense que c'est un peu le fait d'avoir été marqué par l'histoire de cet homme qui va « mourir bientôt »... Peut-être que ça vient aussi de mon enfance, mouvementée, de pensionnat en pensionnat, de nourrice en nourrice... J'ai toujours eu cette notion et cette approche de la fin... depuis le début ! Ça s'éloigne un peu maintenant, et ce n'est pas plus mal. Je vis un peu mieux. Je suis quelqu'un de drôle et d'enjoué dans la vie, mais j'ai été marqué dans mon enfance par la guerre... Je suis né en mars 1944 et la guerre n'était pas du tout finie.

Dans une de vos nouvelles chansons, Ma biographie, vous évoquez la guerre. Vos grands-parents ont été déportés ?

Je ne les ai pas connus, ils sont morts à ce moment-là. Ma grand-mère était vraisemblablement juive, je n'en ai pas la preuve, mais si je m’en tiens à son nom et au fait qu’elle a été embarquée, je le pense. Vous savez, je suis arrivé sur cette terre en plusieurs épisodes, si je puis dire...

Les aigles volaient bas est une chanson forte...

J'y parle de ma grand-mère et de mon grand-père. Ils sont en photo sur le livret... Elle est morte à Ravensbruck de dysenterie et mon grand-père a été torturé et fusillé à Dachau.

J'ai lu quelque part qu'il y avait plus de cent versions de Kilimandjaro dans le monde... C'est énorme ! Mais qui en sont les interprètes ?

En France, il n'y a que moi et beaucoup de versions instrumentales (Eddie Barclay, Verchuren...). Une chose étonnante est la version en allemand par... Jean-Claude Pascal, qui a fait un carton en Allemagne. La plupart des versions sont chantées dans la langue du pays (Brésil, Portugal...), mais ma version en français marche aussi à l'étranger. Je l'ai aussi enregistrée en italien, je la chante parfois sur scène, et c'est Herbert Pagani qui en avait fait l'adaptation.

En 1979, été rétro, suite à la réédition d'Aline, Kilimandjaro était ressortie et avait fait un nouveau succès.

Ça a été un nouveau disque d'or, juste avant l'Olympia que j'avais fait avec Michèle Torr.

Au dos de ce fameux super 45 tours, il y avait une autre chanson célèbre : Les trois dernières minutes... Le contexte de cette chanson est un peu flou : est-ce la Seconde Guerre mondiale, la guerre d'Algérie, le Vietnam...?

Je l'ai faite avec Jean Peigné et c'est une chanson que les gens qui me suivent me demandent toujours. Je réponds à votre question : est-ce qu'il faut la situer ? Je crois que non. Ça peut-être aussi l'exécution d'un truand quelconque, ce qu'on veut... Moi, je pense plutôt à la guerre, à la résistance...

À quelqu'un qui a trahi ?

Je ne sais pas... En fait, on ne raconte que l'instant où il est devant le peloton d'exécution.

C'est une chanson très originale, avec cet accompagnement lancinant, un peu martial... Et il y a cette « astuce » finale : « Et je voudrais te dire combien je... », suivi du coup de feu...

C'est une chanson qui plaît beaucoup, elle est très attachante, émouvante. Je crois qu'on sent bien l'émotion du type qui va dire au-revoir... Ce qui est étonnant, c'est que cette chanson, qui m'est toujours demandée par le public, n'est jamais passée à la radio ! Les programmateurs la trouvaient trop triste... Elle passait dans les boums, mais en radio, jamais !

Comment en avez-vous eu l'idée ?

Jean Peigné, qui était alors directeur des programmes à Europe 1, m'a suggéré ce thème et on a écrit la chanson très vite. Sur un homme qui va terminer sa vie, en toute bonne santé et lucidité, qui va être fusillé. À quoi peut-il bien penser ? Ce que raconte la chanson, c'est effectivement « les trois dernières minutes » de la vie de cet homme...

Dans Comme une enfant, il est question d'un prestidigitateur... Ce qu'il y a de remarquable dans vos chansons, et c'est ce qui les rend sans doute attachantes, c'est qu'elles sont mystérieuses... Les décors, les personnages, les situations demeurent assez floues, on ne sait pas toujours de quoi elles parlent exactement...

Je pense qu'il y a beaucoup de choses que les gens ne comprennent pas toujours dans mes chansons, ou qu'ils interprètent à leur manière. C'est peut-être ma « marque de fabrique » ? On retrouve encore ça dans La mer d'Irlande, une nouvelle chanson que j'ai écrite entièrement. C'est l'histoire d'un homme vieux, aveugle, amnésique. A-t-il changé de femme... on ne sait pas. Je crois que vous avez mis le doigt sur quelque chose d'important et ça fait plaisir quelque part : c'est peut-être tout simplement ça, ma vraie personnalité, mon vrai style... Écrire et chanter des chansons, seul ou à deux, peu importe, que les gens adaptent à leur vie et à leur forme de pensée. Chacun puise dedans. Si tu chantes Viens boire un p'tit coup à la maison, on sait de quoi ça parle, c'est clair, net et précis. 

Chez Julien Clerc, époque Maurice Vallet ou Roda-Gil, il y avait aussi ces textes mystérieux, qu'on ne comprenait pas mais qu'on aimait...

Tout à fait, surtout Roda-Gil.

La chanson Mon ami évoque clairement la guerre d'Espagne ? Il s'agit là d'un réfugié espagnol...

C'est déjà un peu plus précis bien que, là encore, on y trouve un peu ce qu'on veut. Je l'ai remise à mon tour de chant, parce que c'est une belle chanson, écrite avec Georges Salem. Georges avait trouvé en moi un interprète-compositeur qui lui allait bien, vu ce qu'il écrit. Je dois être un tantinet original puisque ces gens-là ne font jamais de tubes avec d'autres...

Il y a un bel aphorisme dans Mon ami : « À quoi ça sert l'histoire quand on se fait tuer pour rien »...

Mais ça démontre encore un état d'esprit et une lucidité dans le flou et dans l'étrange... Il y a toujours, dans ces chansons-là, un côté lucide, comme dans Comme une enfant...

Justement. Il est question de quoi dans Comme une enfant ? Et qui est cette enfant ?

En réalité, c'est une transposition de moi-même... C'est moi. Pourquoi gâcher, pourquoi tuer cet oiseau formidable qui sort du chapeau ? Ça pourrait être l'histoire du scorpion... Un scorpion demande à une grenouille de l'aider à traverser une rivière. La grenouille refuse : « Je te connais, tu vas me tuer quand on va être au milieu de la rivière. » Le scorpion insiste : « Mais ne sois pas idiote, si je te tue, je vais me noyer avec toi, puisque je ne sais pas nager ! Tu ne prends donc aucun risque. » La grenouille réfléchit : « Effectivement. S'il me tue, ce ne sera pas au milieu de la rivière... » Mais arrivé au milieu de la rivière, le scorpion tue la grenouille. « Mais pourquoi tu as fait ça ? » Et le scorpion lui répond : « Mais que veux-tu, c'est ma nature ! »... Je crois que c'est ça, Comme une enfant.

J'ai lu que vous aviez retrouvé votre mère à l'âge de 24 ans, en 1968. D'où la chanson Mamina, deux ans plus tard ?

C'est clair. Retrouver une mère, c'est très difficile... Je l'ai retrouvée par les journaux. Pour être bref, disons que la guerre nous a séparés et que l'après-guerre nous a retrouvés, mais bien longtemps après... C'est une chanson que les gens aiment beaucoup aussi. Au Cirque d'Hiver, on a fait un clin d'œil à Dalida en diffusant sa version. Pour moi, c'est tout simplement une belle chanson, destinée à ma mère, certainement, mais destinée à toutes les mères.

Dans les années 70, vous avez continué d'enregistrer chez AZ, mais avec moins de succès, excepté peut-être Ton âme...

Ton âme avait eu le prix de la Rose d'or d'Antibes et j'avais fait un beau succès avec cette chanson en Italie, en italien bien sûr. L'époque avait commencé à changer. Il y a eu une époque où les Français qui faisaient une chanson dite française peinaient... C'était l'arrivée du disco. Et puis, il faut être juste, il y a certainement beaucoup de grandes chansons cachées dont on n'a jamais entendu parler, parce que les programmateurs ne se sont pas penchées dessus...

Vos albums des années 70 et 80 n'ont pas beaucoup été diffusés...

Les programmateurs peuvent faire du bien mais aussi du mal... C'est la règle du jeu, c'est comme ça. Parlons de ceux qui font du bien.

Votre nouvel album est le premier disque original depuis...

Depuis 1981 ! Ça faisait presque vingt ans que je n'avais pas enregistré de nouveau disque, à l'exception du CD en langue corse, paru en 1994, où j'avais repris mes anciennes chansons. Et si je n'avais pas rencontré Philippe Xavier et Geneviève, ce Cirque d'Hiver et cet album n'auraient jamais existé. Pas de producteur, pas de disque, pas de Cirque d'Hiver ! J'ai rencontré Philippe et Geneviève dans une croisière où je chantais. On a sympathisé, on s'est revus. J'étais en train d'essayer de faire mon nouvel album, j'avais enregistré deux ou trois titres, je me demandais comment j'allais le faire. Avec Philippe, qui s'est pris d'amitié pour moi, et moi pour lui, on en a parlé un jour et il m'a dit : « Si tu veux, on y va ! » Eh ben, ça n'a pas traîné, on y a été ! Il n'est pas du tout dans la profession, mais il apprend vite !

Ces dernières années, vous n'aviez pas fait d'autres tentatives pour sortir un disque ?

Non, je ne voulais pas faire quelque chose de médiocre, je voulais avoir les moyens de faire quelque chose qui ait de la gueule... C'est Philippe et Geneviève qui me l'ont permis. Sinon, je ne l'aurais pas fait. Je pense que c'est la solution du « retour » : si tu fais un truc moyen, ça passe inaperçu. Certains de mes confrères l'ont fait...

Vous êtes un artiste beaucoup compilé, sur plusieurs labels. Vous avez aussi réenregistré certains de vos succès à plusieurs reprises... Parfois, on ne s'y retrouve plus...

J'ai enregistré plusieurs de mes chansons pour une compilation parue en 1993, qui est ressortie maintes et maintes fois... Voilà. Je ne m'étendrai pas là-dessus, on a bien pressé le citron... Dans les années 80, pour Flarenasch, j'avais réenregistré trois titres : Comme une enfant, La plage aux romantiques et Kilimandjaro. Alors qu'en 1993, j'avais réenregistré une vingtaine de titres pour un disque entier. Mais il ne devait sortir qu'un disque, chez Arcade, et de chez Arcade, ça a fait des petits dans toutes les maisons de disques... Ce n'est pas très normal... J'avais aussi réenregistré quelques anciennes chansons qui n'avaient pas très bien marché en leur temps, comme Tu aimais bien Mozart.

Dans les années 80, vous avez fait de la télévision...

Pendant quelques années, j'ai co-produit avec Guy Lux Cadence 3. Et j'ai ensuite produit tout seul Macadam sur FR 3 pendant des années. C'était une émission de variétés scénarisée, il y avait une histoire et dans cette histoire, les gens intervenaient avec une chanson. Ensuite, j'ai arrêté et j'ai fait un film pour la 3 qui s'appelle L'enfant et le président (dont la musique est sortie sur CD), un film joué par Michael Lonsdale, Michel Beaune, Pascale Petit, Gabriel Katan, Paulette Dubost et bien d'autres. C'était un joli conte de Noël dont j'avais écrit le scénario, les dialogues et la musique, et j'ai même joué un petit rôle dedans... Je crois que FR 3 va le repasser.

À l'époque, de mauvaises langues ont prétendu que vous étiez « pistonné » par François Mitterrand...

Je connaissais très bien François Mitterrand, mais il faudra dire à ces mauvaises langues que ce n'est pas parce que vous me connaissez que vous devenez chanteur ! Eh bien, c'est pareil. Si un président de la République pouvait pistonner à ce point-là, Patrick Sébastien serait directeur de toutes les chaînes de télévision, et il aurait fait un malheur avec son film ! Parce qu'il est très proche et très ami, et tant mieux pour lui, de Jacques Chirac. Je crois que le fait de connaître un haut personnage de l'État n'amène rien que des déboires. Par contre, ma fidélité à François Mitterrand, mon amitié et ma passion sont énormes et ne bougent pas d'un pouce. Je suis un inconditionnel de cet homme, définitivement. Quel homme ! Quel personnage, intellectuellement, humainement... On a dit tellement de choses que, d'ailleurs, finalement, il est très simple de se rendre compte qu'on ne peut dire autant de mal que d'un homme qui est bien...

Vous n’avez pas fait partie des fidèles de l'ascension de la roche de Solutré...

Ah, jamais ! Moi, je ne marche pas derrière, je marche à côté ou devant ! (rires)

Sur votre nouveau disque, la mémoire est très présente...

Il y a un moment où, sans faire de bilan, on fait une sorte de récapitulatif. J'ai 56 ans depuis quelques mois, donc c'est le moment de récapituler.

Dans une des chansons, vous dites : « J'ai écrit ma biographie sur un panneau de sens interdit »...

C'est la vérité vraie. Je suis parti dans tous les sens quand j'étais môme et j'en suis un peu tributaire aujourd'hui. Ma vie est à l'image de ma naissance, certainement un peu trouble, un peu troublée, un peu étrange. Mais c'est peut-être ce qui en fait le charme, et ce qui me donne cette émotion en moi et ce côté émotif que les gens aiment aussi et ressentent dans mes chansons et dans ma manière d'être sur une scène.

Votre enfance a été ballottée de bahut en bahut ?

Oui, notamment au hameau d'Anelles d'où j'ai tiré mon pseudonyme. Mon véritable nom est Pascal Buttafuco.

D'où le disque en langue corse en 1994 : « Buttafuco » ?

Oui. Buttafuco signifie : crache le feu, boutte le feu...

On en revient au cirque, encore !

Oui, et au caractère aussi !

Vous passez pour avoir « mauvais caractère »...

C’est infondé ! J'ai le caractère le meilleur du monde, il suffit de demander à tous les gens qui travaillent avec moi, les musiciens, les techniciens, les gens de l'équipe du Cirque d'Hiver, tout le monde est d'accord, il n'y a jamais un mot plus haut que l'autre. Par contre, j'ai un caractère épouvantable quand j'ai affaire à un non professionnel qui se croit professionnel et qui affirme des choses... Ou alors devant l'injustice. Et Dieu sait si elle est présente... Mais un mauvais caractère ou prétentieux... faux !

Le cinéma de Clichy évoque votre enfance ? Dans une autre chanson, vous citez la rue Henri-Monnier... Vous avez vécu dans ce quartier ?

Bien sûr, le Gaumont Palace... Je n'y ai pas vécu mais j'y suis souvent allé. C'est un quartier que j'ai davantage fréquenté que le quartier de l'Étoile ou le 16ème... Le cinéma de Clichy, ça a été un peu pour moi la révélation de la musique et de la scène. Parce que c'est la première fois que je voyais une attraction... Et quand je dis : « Je t'ai rencontrée à Clichy », je parle de la musique, en fait, pas d'une personne en particulier ou d'une femme... Je l'ai placée symboliquement en fin d'album.

Votre premier choc musical sur scène, c'était qui ?

Les groupes de twist, Mitchell avec les Chaussettes Noires. Je suis toujours passionné par Eddy Mitchell, je trouve que c'est un grand bonhomme qui a du charisme. Il écrit très bien et a fait une carrière formidable. À l'époque des Chaussettes Noires – qu'il n'aime pas, et je le comprends tout à fait –, c'était de loin le plus doué. Il me fascinait. Il y avait aussi les Shadows avec Cliff Richard. Je connais très bien Hank Marvin, Bruce Welch et Brian Bennett, et je leur avais fait faire un Macadam spécial en Camargue.

Vous avez fait beaucoup d'émissions à la télévision ? Elles ne sont jamais rediffusées.

Oui, il y en a eu 16, je crois. C'était de belles émissions qui me plaisaient beaucoup mais la télévision est une dame très particulière...

En 1962, vous avez fait partie d'un groupe...

Oui, les Panthères. C'était des musiciens de Besançon, dont certains ont fait des carrières par-ci, par là. On avait débuté dans le style twist, rock. J'avais d'ailleurs gagné un concours national qui m'aurait théoriquement permis d'enregistrer un album chez Barclay, avec Jean-Claude Corbino, mais ça ne s'est pas fait... Par la suite, j'ai changé de style. C'est la vie, on se transforme au fil du temps et du chemin...

Votre chanson Le père...

C'était une époque appréciable parce qu'il y avait de vraies valeurs et une façon de vivre qui était très honnête. Maintenant, c'est un peu n'importe quoi... Certaines catégories de gens sont capables de faire du mal, même à une personne âgée sans défense. Ça prend des proportions graves. Effectivement, comme je le dis dans ma chanson, nous, on foutait le bordel, mais on respectait un vieux monsieur ou une vieille dame. Encore que... Il y a une jeunesse formidable actuellement. Il y a même de bons rappers qui ont du talent, MC Solaar a écrit des choses formidables. Tout n'est pas à mettre dans le même catégorie. Maintenant, je crois qu'on avance plutôt dans le bon sens.

Vous faites une différence entre chanson et variété ?

La variété, c'est de la chanson qui n'a pas vocation à raconter de grandes choses... Juste une petite amourette d'un soir. Et une chanson, c'est par exemple Les aigles volaient bas, c'est-à-dire des thèmes plus forts. On est dans un pays où l'on n'ose pas parler de choses importantes. Il y a des tas de tabous en France, on le voit même politiquement...

Pour moi, la chanson n'est pas un art mineur. Donc, on peut tout dire dans une chanson. Ce sera aimé, accepté ou pas, c'est autre chose mais en France, c'est vrai, on ne se frotte pas souvent à des thèmes importants. Mais je l'ai déjà fait, par exemple avec Les trois dernières minutes. Je n'étais pas en retard.

En parlant avec vous, on constate que vous avez beaucoup d'humour, ce qui ne transparaît pas dans vos chansons, qui sont essentiellement dramatiques...

Disons que je ne rigole pas quand il y a de la musique ! Mon rêve serait de faire une ou deux chansons qui soient drôles. J'ai fait Les filles de l'hiver, une chanson plutôt sympa. Mais j'y viens... Quand j'aurais 80 ans, je vais finir, à mon avis, comme chanteur comique !

Propos recueillis par Raoul Bellaïche

Interview publié dans JE CHANTE n° 27

#PascalDanel #Interview

158 vues